Une semaine de location en Islande se négocie rarement sous 700 €, et c'est le pays où l'écart entre le tarif affiché et la somme débitée est le plus grand d'Europe. Pas à cause de frais cachés : à cause de deux assurances qui n'existent nulle part ailleurs, et d'exclusions que personne ne lit avant de signer.
L'Islande vend du gravier et de la cendre volcanique sous forme de garanties. Le vent y arrache des portières sur les parkings, le sable noir y décape une carrosserie en une après-midi, et aucun contrat ne couvre les rivières.
Cette page dit ce que couvrent les assurances islandaises, montants relevés chez deux loueurs du pays, ce qu'aucune ne couvre, quand les routes F ouvrent, et ce que la loi impose au conducteur. Elle finit sur l'arbitrage qui compte : voiture, 4x4 ou van.
L'essentiel en 30 secondes
Une location de voiture en Islande est un contrat court passé avec un loueur islandais ou la filiale locale d'un groupe international, retiré le plus souvent à l'aéroport de Keflavík. Ce qui la distingue d'une location ailleurs en Europe n'est pas le tarif : c'est la pile de garanties qui s'ajoute au-dessus, et le fait qu'une partie du risque insulaire reste à votre charge quoi que vous payiez.
Le contrat empile jusqu'à cinq garanties. Trois vous sont familières, deux ne se rencontrent nulle part ailleurs.
Le réseau secondaire islandais est en grande partie non revêtu. Une voiture qui croise à 80 km/h projette des cailloux, et le pare-brise est la pièce qui part en premier. La protection gravier, abrégée GP sur les contrats, couvre le pare-brise, les phares et les rétroviseurs, plus les éclats de peinture.
Chez le premier loueur consulté, elle est incluse dans le tarif de base, avec une franchise résiduelle de 40 000 ISK, soit 286 €. Chez le second, elle se dégrade selon la formule choisie : la franchise gravier tombe à 250 € dans la formule intermédiaire, contre 1 000 € au niveau de base.
L'ordre de grandeur du sinistre justifie l'attention : un remplacement de pare-brise est facturé 99 060 à 183 960 ISK, soit 709 à 1 316 €.
Celle-ci est la vraie spécificité islandaise, et c'est celle qu'on oublie. Le sud de l'île est couvert de sable volcanique noir, très fin. Quand le vent se lève sur Mýrdalssandur ou à l'ouest de Vík, ce sable est transporté horizontalement et il agit comme une sableuse : en une seule tempête, une voiture peut ressortir intégralement à reprendre en peinture.
La protection sable et cendre, SAAP sur les contrats, est presque toujours en option. Les deux loueurs consultés la facturent dans la même fourchette : 1 850 ISK par jour chez l'un, 1 100 à 1 500 ISK par jour chez l'autre, soit 8 à 13 €. La franchise résiduelle va de 50 000 à 90 000 ISK, soit 358 à 644 €.
Sans elle, la facture annoncée est de 500 000 à 1 500 000 ISK, soit 3 580 à 10 730 €. Sur une location de dix jours, la garantie coûte entre 80 et 130 €. C'est le seul poste du contrat où le rapport entre la prime et le risque est aussi déséquilibré.
Les zones exposées nommées par les loueurs sont le sud de l'île et particulièrement l'ouest de Vík, les fjords de l'Ouest, les hautes terres, et toute la côte sablonneuse. Autrement dit : la route circulaire du sud, celle que fait tout le monde.
La CDW est incluse et laisse une franchise de 350 000 ISK, soit 2 504 €. La SCDW, incluse elle aussi chez le premier loueur, ramène cette franchise à 90 000 ISK sur une petite voiture et 120 000 ISK sur un SUV ou un van, soit 644 € et 858 €.
La formule sans franchise, vendue 4 700 à 6 300 ISK par jour selon la taille du véhicule, soit 34 à 45 €, est la seule qui ajoute le dessous de caisse, les dégâts d'eau et les dégâts de vent. Elle inclut d'office la protection sable et cendre.
| Garantie | Statut habituel | Franchise résiduelle | Prix par jour |
|---|---|---|---|
| Responsabilité civile | obligatoire, incluse | — | incluse |
| CDW | incluse | 350 000 ISK, 2 504 € | incluse |
| SCDW | incluse ou en option | 90 000 à 120 000 ISK, 644 à 858 € | incluse chez l'un |
| Protection gravier | incluse chez l'un, par formule chez l'autre | 40 000 ISK, 286 €, ou 250 à 1 000 € | incluse ou par formule |
| Sable et cendre | en option | 50 000 à 90 000 ISK, 358 à 644 € | 1 100 à 1 850 ISK, 8 à 13 € |
| Formule sans franchise | en option | 0 | 4 700 à 6 300 ISK, 34 à 45 € |
C'est la partie du contrat qui compte le plus et que personne ne lit. Les deux loueurs consultés excluent la même liste, dans les mêmes termes, ce qui en fait un usage du pays et pas la clause d'une maison. Autrement dit, une location de voiture en Islande laisse toujours un risque non transférable, même à 45 € de garanties par jour.
La règle à retenir : quand le sinistre vient de l'eau ou du sol, vous payez. Quand il vient du ciel ou d'un autre véhicule, vous êtes couvert.
Une route F, pour fjallvegur, route de montagne, dessert l'intérieur de l'île. F35 par le Kjölur, F208 vers Landmannalaugar, F249 vers Þórsmörk sont les plus connues.
Elles sont interdites aux véhicules qui ne sont pas des 4x4. Ce n'est pas un conseil de prudence : c'est une interdiction de circulation, et le contrat de location la reprend. Louer une citadine et s'engager sur une F, c'est perdre toute couverture, y compris pour un sinistre qui n'a rien à voir avec la route.
Tous les 4x4 ne sont pas autorisés non plus. Le véhicule doit être explicitement déclaré apte aux routes F dans le contrat. Un SUV à deux roues motrices n'en est pas un.
Les routes F ouvrent en plusieurs vagues entre fin mai et début juillet, selon la fonte des neiges et le niveau des rivières :
Ces dates ne sont pas fixées à l'avance. L'administration des routes, la Vegagerðin, inspecte chaque route après la fonte et l'ouvre quand elle est praticable. D'une année à l'autre l'écart se compte en semaines. Un voyage calé sur les dates de l'an dernier peut arriver devant une barrière fermée.
La conséquence sur la réservation est concrète : avant la mi-juin, un 4x4 loué pour les hautes terres a de bonnes chances de ne servir qu'à faire la route circulaire, pour un tarif deux fois supérieur à celui d'une compacte.
Certaines routes F traversent des rivières à gué, sans pont. La Krossá, sur l'accès à Þórsmörk, en est l'exemple le plus connu. Elle est franchissable le matin et infranchissable l'après-midi quand le glacier fond au soleil.
Aucune assurance ne couvre ce passage, et c'est sur ce point que les deux loueurs sont les plus explicites. Un gué raté n'est pas un accident au sens du contrat : c'est une exclusion.
Le code de la route islandais est la loi n° 77/2019, umferðarlög, votée le 25 juin 2019.
Son article 37, intitulé almennar hraðatakmarkanir, limitations générales de vitesse, pose trois seuils :
Le texte islandais distingue donc les vitesses par le revêtement, pas par la catégorie de route. Un passage du bitume au gravier fait tomber la limite de 90 à 80 sans qu'aucun panneau ne soit nécessaire, et ces transitions sont fréquentes sur la route circulaire.
L'article 34, ljósanotkun, usage des feux, est court et sans exception : « lors de la conduite d'un véhicule à moteur, les feux réglementaires doivent toujours être allumés ». Toujours, c'est-à-dire de jour comme de nuit, en juin comme en décembre.
Ce n'est pas le code de la route qui l'interdit, mais la loi sur la protection de la nature, n° 60/2013, náttúruverndarlög.
Son article 31, akstur utan vega, conduite hors des voies, énonce : « il est interdit de conduire des véhicules à moteur hors des voies ». L'exception est étroite : la conduite sur les glaciers et sur sol enneigé hors agglomération est permise à condition que le sol soit gelé ou que la couche de neige soit solide, et qu'il soit manifeste qu'il n'y a pas de risque de dommage à la nature.
L'article 90, refsingar, sanctions, prévoit des amendes ou une peine pouvant aller jusqu'à deux ans. Lorsque l'infraction cause un dommage sérieux à la nature islandaise, l'amende est d'au moins 350 000 ISK, soit 2 504 €, et la peine peut monter à quatre ans. Ce montant plancher est révisé selon l'indice des prix à la consommation.
Une trace de pneu dans la mousse volcanique met des décennies à disparaître, et c'est exactement ce que ce texte protège. Sortir de la piste pour une photo n'est pas une incivilité, c'est une infraction pénale.
Il mérite sa section parce qu'il est la première cause de dégâts sur les voitures de location islandaises, et parce qu'il est presque toujours exclu.
Deux mécanismes distincts :
La portière. On se gare face au vent, on ouvre, la rafale prend le panneau et le plie. La charnière casse. Ce dégât n'est couvert que par la formule sans franchise, à 34 à 45 € par jour.
Le sable porté par le vent. C'est le sinistre de la protection sable et cendre. Il ne demande pas de tempête exceptionnelle, seulement du vent soutenu sur une zone de sable noir, ce qui est la condition ordinaire du sud de l'île.
La parade coûte zéro : se garer nez au vent, tenir la portière à deux mains, et ne pas laisser un véhicule à l'arrêt dans une zone de sable quand le vent monte.
C'est l'arbitrage du voyage, et il ne se joue pas sur le confort mais sur trois questions.
Allez-vous sur les routes F ? Si non, un 4x4 ne sert à rien. La route circulaire, la péninsule de Snæfellsnes et la côte sud se font intégralement en compacte deux roues motrices. Si oui, le 4x4 déclaré apte aux routes F n'est pas une option, c'est une condition de validité du contrat.
Voyagez-vous entre fin septembre et début mai ? Hors saison, les routes F sont fermées de toute façon, mais la route circulaire peut être enneigée ou verglacée. Les pneus hiver sont alors obligatoires et fournis, et la garde au sol d'un SUV se justifie même sans transmission intégrale.
Dormez-vous dedans ? Le van aménagé répond à une autre question que la voiture : il supprime l'hébergement, qui est le poste le plus cher d'un voyage islandais. Mais il est soumis aux mêmes interdictions, la conduite hors des voies comprise, et le camping sauvage en véhicule est très encadré en Islande.
| Véhicule | Pour qui | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Compacte 2 roues motrices | route circulaire, Snæfellsnes, côte sud, de juin à septembre | protection sable et cendre indispensable |
| SUV 2 roues motrices | même usage, hors saison, pour la garde au sol | ne donne aucun droit sur les routes F |
| 4x4 déclaré apte F | hautes terres, de fin juin à début septembre | les gués ne sont jamais couverts |
| Van aménagé | voyage long, budget hébergement contraint | mêmes interdictions, stationnement nocturne encadré |
Une location de voiture en Islande se compare mal sur le prix par jour, parce que deux offres au même tarif ne contiennent presque jamais les mêmes garanties. Les six points ci-dessous, dans l'ordre où ils coûtent :
Une location de voiture en Islande descend rarement sous 700 € la semaine en été pour une compacte, assurances comprises. Le tarif affiché ne fait pas le prix : la protection sable et cendre ajoute 8 à 13 € par jour, et la formule sans franchise 34 à 45 € par jour. Sur dix jours, l'écart entre le contrat nu et le contrat complet dépasse 400 €.
Oui. Le permis français est valable en Islande sans permis international. Les loueurs exigent en revanche une ancienneté minimale, souvent un an, et une carte de crédit au nom du conducteur pour la caution.
La protection gravier, presque toujours incluse, et la protection sable et cendre, presque toujours en option, qui est celle qu'il ne faut pas laisser passer. Au-delà, la formule sans franchise est la seule qui couvre le dessous de caisse, les dégâts d'eau et les portières arrachées par le vent.
Non, et aucune formule ne le fait, y compris la plus chère. Les deux loueurs consultés excluent explicitement les dommages causés en entrant dans l'eau et les rivières. Un gué raté se paie intégralement.
Non. Les routes F sont interdites aux véhicules qui ne sont pas 4x4, et le véhicule doit de plus être déclaré apte aux routes F dans le contrat. S'y engager sans cela annule la couverture, même pour un sinistre sans rapport avec la route.
Entre fin mai et début juillet, en plusieurs vagues : la F35 par le Kjölur parmi les premières, la F208 et la F249 vers la mi-juin à fin juin, l'intérieur profond début juillet. Les dates sont fixées par inspection de la Vegagerðin après la fonte, pas à l'avance.
50 km/h en agglomération, 80 km/h hors agglomération sur revêtement de gravier et 90 km/h sur revêtement lié, selon l'article 37 de la loi n° 77/2019. La limite dépend du revêtement, pas de la catégorie de route.
Oui, en permanence. L'article 34 du code de la route islandais impose que les feux réglementaires soient toujours allumés lors de la conduite d'un véhicule à moteur, sans exception de saison ni d'heure.
Une sanction pénale. L'article 31 de la loi n° 60/2013 sur la protection de la nature interdit la conduite hors des voies, et son article 90 prévoit des amendes ou une peine allant jusqu'à deux ans. Si le dommage causé à la nature est sérieux, l'amende est d'au moins 350 000 ISK, soit 2 504 €, et la peine peut atteindre quatre ans.
La voiture si l'hébergement est déjà réservé et que le voyage reste sur la route circulaire. Le van si le budget hébergement est le poste contraint, en sachant qu'il est soumis aux mêmes interdictions de conduite et que le stationnement nocturne est encadré.